Daniel Auclert, maître verrier

La restauration des vitraux

Très pauvres en général, les archives relatives à Varennes ne donnent aucune information sur les vitraux dont son église était ornée à l’origine. Gaspard Thaumas de La Thaumassière, dans son Histoire du Berry publiée en 1609, nous indique en revanche avoir vu lui-même dans le chœur et les chapelles latérales du transept des verrières de couleurs dans lesquelles étaient notamment représentées les armoiries de grandes familles du Berry dont on peut penser qu’elles avaient fait des donations au monastère au cours des siècles précédents.

Dans ces conditions, le choix des nouveaux vitraux à placer dans les baies rouvertes de l’église était ouvert et l’on pouvait aussi bien penser à s’inspirer de verrières médiévales colorées qu’à s’adresser à un artiste contemporain. En considération de la modestie de l’intérieur de la nef de l’abbatiale et de ses proportions, il a été finalement décidé de s’en tenir à des vitraux assez simples, inspirés de ceux que l’on peut encore voir dans quelques autres abbayes cisterciennes.

Né à Argenton sur Creuse en 1953, Daniel Auclert a appris le métier du vitrail auprès d’un grand maître, lui aussi installé en Berry, Jean Mauret. A ses côtés, il a participé à une trentaine de chantiers, notamment dans les cathédrales de Bourges, Chartres, Lyon et Poitiers, avant d’ouvrir son propre atelier en 1990 à Lys Saint Georges, village situé à proximité de Varennes. Depuis, près de cent vingt chantiers de restauration ou de création lui ont été confiés dans des églises et châteaux de la région, dont l’Abbaye de Fontgombault.

Daniel Auclert a recherché des verrières existantes ou ayant existé dans des abbayes cisterciennes du centre de la France. Il a finalement proposé de retenir et d’adapter aux dimensions des baies de l’église de Varennes des modèles empruntés à Bonlieu (Creuse) pour la façade Ouest, à Pontigny (Yonne) pour la 1ère verrière en entrant dans le mur Nord, à Noirlac (Cher) pour la 2ème verrière du mur Nord et à Obazine (Corrèze) pour le chevet Est. Préparés dans l’atelier du maître verrier, les vitraux ont été mis en place en septembre 1998.

Dans leur simplicité, leur transparence et l’absence de représentation de personnages ou de scènes religieuses, les nouveaux vitraux de Varennes satisfont à la règle adoptée en 1134 (ou en 1145 selon d’autres spécialistes) par le chapitre général de l’ordre de Cîteaux, règle qui prévoyait que Les vitres doivent être blanches (ce qui signifiait incolores), sans croix et sans images.

La sobriété des vitraux que l’on qualifie aujourd’hui de cisterciens mais que l’on trouve en fait dans de nombreuses églises, en dehors de l’ordre lui-même, tient à la volonté de Saint-Bernard que le jour, marque du Christ dans la lumière de sa Gloire, entre chaque matin pleinement dans l’église et en chasse progressivement les ténèbres dans lesquelles elle est plongée chaque soir. Ce choix s’opposait naturellement aux verrières de couleurs que l’on trouvait alors dans toutes les églises de la chrétienté et qui tendaient en la transformant à magnifier la lumière divine.

L’utilisation exclusive dans les vitraux cisterciens de motifs floraux et géométriques découle certainement de la découverte au XIIème siècle par les voyageurs, notamment par les Croisés, de l’art Omeyyade alors répandu dans tout le Moyen-Orient, de Damas à Jérusalem. Conforme aux préceptes du Coran qui interdisent la représentation de Dieu et des êtres vivants, l’art omeyyade avait lui-même emprunté dès le VIIème siècle la technique du vitrail à Byzance. Rappelons aussi le goût du Moyen-Âge pour la géométrie et l’arithmétique combinatoire qui a pu s’exprimer dans ces formes à la fois complexes et parfaites.

Vitraux de l'église abbatiale